Archives pour la catégorie Lewigue

Exil du vent

Lewigue

Collection Fil à Fil

exilduvent

Exil du vent

Poésie – 110 pages – 15€ – ISBN 9782912824868


Troisième volume de ses poésies complètes, Exil du vent contient les derniers manuscrits inédits susceptibles d’être publiés in extenso.
Nous devons maintenant nous aventurer dans la forêt du journal et des cahiers d’atelier du peintre dont la fièvre donne lieu, à partir de 1964 et jusqu’à sa mort en juillet 2005, à des expositions annuelles en France et à l’étranger.
L’historienne, écrivain d’art, Lydia Harambourg a pu témoigner à quel point Lewigue s’était lancé à corps perdu dans «… la conquête d’un espace où le doute et le désir libéraient la couleur dans la forme, pour un langage nouveau, un langage accordé au monde de demain.»
C’est à rencontrer ce langage haute tension que les éditions d’écarts vont désormais se risquer.


 

A vif

Lewigue

Collection Fil à Fil

avifA vif
Poésie – 95 pages – 15 euros / ISBN 978-2-9128-2477-6


Jean-Marie LEWIGUE (1938-2005)

Temps vénéneux, Poésie I, 2006, Prix PoésYvelines 2007
À vif, Poésie II, 2008
Exil du vent, Poésie III, 2008
Façon de silence, Poésie IV, 2008


Deuxième et troisième volumes de ses poésies complètes, À vif et Exil du vent réunissent les inédits et les textes des livres d’artiste (pièces uniques) de Lewigue.
Nous dédions à sa femme Michèle ces recueils posthumes.
Elle seule pouvait nous permettre de réaliser ce travail.

Du peintre-poète, emporté juillet en 2005 par une maladie fulgurante, l’historienne d’art Lydia Harambourg écrivait quatre ans plus tôt : Chez lui, «… le noir est pensé comme une couleur. Il est épiphanie et cataclysme, apparition et mystère…»
Roland Nadaus, l’écrivain, l’ami, lance sur son cercueil cet hommage qui résonne encore dans nos êtres : «Oui Lewigue nous ressoude au monde, à notre monde intérieur autant qu’à la poussière/boue de nos chairs – il nous ressoude à notre corps spirituel autant qu’à ses souffrantes apparences. Mais il le fait en couleurs.
– En couleurs!»
C’est pour nous comme la mesure d’un pacte qui nous lie à jamais.


Façons de silence

Lewigue

Collection Fil à Fil

facondesilence Façon de silence
Poésie – 101 pages – 15 euros / ISBN 978-2-9128-2487-5


Je refuse la génuflexion.(J.M. Lewigue)


Cette impression de ne rien faire si l’on n’est pas – précisément – en train de créer : peindre ou écrire en l’occurrence. Sentiment dont nous avons ri, avec Lewigue, d’un même chuckle (le mot rire, même flanqué d’un adjectif : petit rire,  ne rend pas le bref spasme sardonique), face à ses œuvres, dans la Galerie MBH, rue de l’Arbalète à Paris. Ce devait être en 2003, et pourtant ce souvenir est si vif que, quand j’appris sa mort, à l’été 2005, il me sembla que ce bref moment de connivence avait été vécu juste avant. Nous constations ainsi que nous étions affectés d’une même tare, une insatisfaction permanente qui ne pouvait être soulagée que par l’absorption dans la toile ou le texte, heureusement doublée d’une volonté tenace de ne pas laisser ce tourment faire obstacle à une réalisation par soi projetée, de continuer coûte que coûte à aller de l’avant sans renoncer ni s’abaisser, ni céder à cette souffrance. Telle est la trame des quatre recueils publiés après sa mort soudaine, à 67 ans.

Ne pas se résigner

Retrousser ses manches

Prendre la vie à bras-le-corps

Et continuer d’ancrer la réalité

Là où le regard s’incarne

Dans le vol de l’oiseau

Mireille Batut d’Haussy, qui l’avait exposé, n’en est pas restée là. Elle est allée à la rencontre de son langage de haute tension. Elle est allée chercher les pépites et en a composé – avec Michèle Lewigue – ces ouvrages au travers desquels on ressent l’émotion particulière de la reconnaissance. On peut les lire l’un sans l’autre ou l’un après l’autre : ils sont une même parole qui dit un désespoir radical, apparu tôt. Je ne me suis jamais remis de ma naissance. Un  manque jamais comblé accompagné de cette sentence d’avoir toujours à faire qui devient une auto-injonction, rythme les jours, conditionne le mouvement, empêche de respirer et fait obstacle au calme du lâcher-prise. Keep moving. Le moteur doit continuer à tourner, et les roues d’avancer. Où va-t-on ? Pour quoi faire ? On y pensera plus tard, peut-être. Et ainsi passe le temps pour lui noué avec une douloureuse lenteur qui enlève à la nuit sa possible sérénité.

Je ne compte plus les heures

Passées à traîner mon chalut

Parmi les mots qui dérivent

Sur les bas-fonds de mes nuits

La recherche d’une issue de secours ne cessera jamais. Et la vie sera une addition de silences, un enfer d’inexistence, un désespoir d’inutilité à l’état brut. Dans cette errance, pourtant, elle s’accomplit. Et s’il n’y pénètre jamais tout à fait, un espace va naître et son œuvre s’y déployer avec force, le noir n’empêchant pas la lumière d’éclater. Au contraire, il en facilite la projection. Ses cahiers disent ses doutes, des vérités avariées dégorgées dans la poubelle des jours. Ce qui reste : un au jour le jour Le monde se fait sans nous. Et  Lewigue de conclure, radicalement pessimiste :

Nous existons pour rien.

La roue tourne

Le moyen ignorant la circonférence

Et nous comptons les jours.

Pourtant, son œuvre picturale est là : éclatante, puissante, de celles qui vous donnent un coup de poing dans l’estomac et avec lesquelles vous allez continuer à vivre puisque vous les avez aimées. Il y a du positif dans cette obstination née en terrain de tension, que l’on appelle également nécessité. En dépit de son caractère pénible et malgré la révolte contre cet aiguillon pointu piquant, elle est planche de salut. Elle marque le temps et son insistance donne à la vie une épaisseur qui la dépénalise.

Ainsi fait

De deux ou trois traits

De trois ou quatre couleurs

D’un doigt de sang

D’une larme d’amour

Et de l’incurable obsession

De vouloir refaire le monde

Lewigue a légué une absence colmatée par son aller-retour entre les formes et les mots. Son élan dans les formes, sa vérité dans son cri ne sombrent pas. Il aura surnagé sur le bourbier, en faisant le funambule sans filet et sans balancier avec, au fond de lui, ce sentiment si bien partagé de couler à pic. Car sa sensibilité, totale, l’aura forcé à chercher refuge à l’intérieur, dans une errance entre le ressac de la nuit et une aube à laquelle il voudrait faire la peau. Ainsi, dans l’acide du temps, le cri est devenu son unique raison d’être en dépit de la surdité du monde.

Jacqueline Starer

25 mai 2010


Temps vénéneu

Lewigue

Collection Fil à Fil

lewigue Temps vénéneux
Poésie – 80 pages – 15 euros / ISBN 978-2-9128-2476-9


Je refuse la génuflexion.(J.M. Lewigue)


Cette impression de ne rien faire si l’on n’est pas – précisément – en train de créer : peindre ou écrire en l’occurrence. Sentiment dont nous avons ri, avec Lewigue, d’un même chuckle (le mot rire, même flanqué d’un adjectif : petit rire,  ne rend pas le bref spasme sardonique), face à ses œuvres, dans la Galerie MBH, rue de l’Arbalète à Paris. Ce devait être en 2003, et pourtant ce souvenir est si vif que, quand j’appris sa mort, à l’été 2005, il me sembla que ce bref moment de connivence avait été vécu juste avant. Nous constations ainsi que nous étions affectés d’une même tare, une insatisfaction permanente qui ne pouvait être soulagée que par l’absorption dans la toile ou le texte, heureusement doublée d’une volonté tenace de ne pas laisser ce tourment faire obstacle à une réalisation par soi projetée, de continuer coûte que coûte à aller de l’avant sans renoncer ni s’abaisser, ni céder à cette souffrance. Telle est la trame des quatre recueils publiés après sa mort soudaine, à 67 ans.

Ne pas se résigner

Retrousser ses manches

Prendre la vie à bras-le-corps

Et continuer d’ancrer la réalité

Là où le regard s’incarne

Dans le vol de l’oiseau

Mireille Batut d’Haussy, qui l’avait exposé, n’en est pas restée là. Elle est allée à la rencontre de son langage de haute tension. Elle est allée chercher les pépites et en a composé – avec Michèle Lewigue – ces ouvrages au travers desquels on ressent l’émotion particulière de la reconnaissance. On peut les lire l’un sans l’autre ou l’un après l’autre : ils sont une même parole qui dit un désespoir radical, apparu tôt. Je ne me suis jamais remis de ma naissance. Un  manque jamais comblé accompagné de cette sentence d’avoir toujours à faire qui devient une auto-injonction, rythme les jours, conditionne le mouvement, empêche de respirer et fait obstacle au calme du lâcher-prise. Keep moving. Le moteur doit continuer à tourner, et les roues d’avancer. Où va-t-on ? Pour quoi faire ? On y pensera plus tard, peut-être. Et ainsi passe le temps pour lui noué avec une douloureuse lenteur qui enlève à la nuit sa possible sérénité.

Je ne compte plus les heures

Passées à traîner mon chalut

Parmi les mots qui dérivent

Sur les bas-fonds de mes nuits

La recherche d’une issue de secours ne cessera jamais. Et la vie sera une addition de silences, un enfer d’inexistence, un désespoir d’inutilité à l’état brut. Dans cette errance, pourtant, elle s’accomplit. Et s’il n’y pénètre jamais tout à fait, un espace va naître et son œuvre s’y déployer avec force, le noir n’empêchant pas la lumière d’éclater. Au contraire, il en facilite la projection. Ses cahiers disent ses doutes, des vérités avariées dégorgées dans la poubelle des jours. Ce qui reste : un au jour le jour Le monde se fait sans nous. Et  Lewigue de conclure, radicalement pessimiste :

Nous existons pour rien.

La roue tourne

Le moyen ignorant la circonférence

Et nous comptons les jours.

Pourtant, son œuvre picturale est là : éclatante, puissante, de celles qui vous donnent un coup de poing dans l’estomac et avec lesquelles vous allez continuer à vivre puisque vous les avez aimées. Il y a du positif dans cette obstination née en terrain de tension, que l’on appelle également nécessité. En dépit de son caractère pénible et malgré la révolte contre cet aiguillon pointu piquant, elle est planche de salut. Elle marque le temps et son insistance donne à la vie une épaisseur qui la dépénalise.

Ainsi fait

De deux ou trois traits

De trois ou quatre couleurs

D’un doigt de sang

D’une larme d’amour

Et de l’incurable obsession

De vouloir refaire le monde

Lewigue a légué une absence colmatée par son aller-retour entre les formes et les mots. Son élan dans les formes, sa vérité dans son cri ne sombrent pas. Il aura surnagé sur le bourbier, en faisant le funambule sans filet et sans balancier avec, au fond de lui, ce sentiment si bien partagé de couler à pic. Car sa sensibilité, totale, l’aura forcé à chercher refuge à l’intérieur, dans une errance entre le ressac de la nuit et une aube à laquelle il voudrait faire la peau. Ainsi, dans l’acide du temps, le cri est devenu son unique raison d’être en dépit de la surdité du monde.

Jacqueline Starer 25 mai 2010