effacé dans la marge

Mireille Batut d’Haussy

Collection hasta siempre

effacé 75p

effacé dans la marge

Poésie – 333 pages – 20 euros – ISBN 978-2-919121-24-3


Rédigées alors que le livre n’a d’existence physique pour personne, il faut bien consentir à ce que ces lignes lui appartiennent sans pouvoir encore s’en détacher.
Si le titre a germé à mesure, il m’est par contre impossible de poser sur ce recueil couvercle ou enseigne. Ni l’exposer ni le protéger, pas même en parler, sauf à m’interroger sur l’effacement et le lieu où il advient.

Ce qui, en cet endroit, s’est écrit dans la marge n’a pas le caractère ou le statut que cette place confère. Colonne étroite, elle contient d’ordinaire des remarques, des jalons, des repères ; dans un autre registre, s’y affirment, sous couleurs d’autorité, volonté et capacité d’approuver ou de sanctionner, sinon de moquer.

Ici, la marge serait un ourlet, cousu sur toute la hauteur, contenant à la fois viatiques et poisons ou juste le bourrelet grossier d’une cicatrice naturelle. Quant à l’effacé… fortuit, accidentel, il attire le regard, le retient, intrigue. C’est ce que l’on voit en premier, quand on n’est pas encore accroché au corps du texte qui s’affiche au propre; alors, il distrait notre attention du «reste». Volontaire, il nous inclut, nous implique, nous désigne comme l’auteur d’une effraction, d’un forfait.

Ni pâté ni gribouillis ; pas de superposition destinée à rendre illisible, inaccessible, l’intention initiale. Ni détruire, ni faire disparaître. Si la rature est une signature qui insiste, affirme son rapport aux repentirs nets ou occultés, à ce que l’on assume de cela même que l’on renie, l’effacé, lui, inscrit une friche aux contours flous, hantée de mystères. Il désigne un dessein, un remords qui fait briller, par l’absence provoquée, une aspiration écartée ou enfouie.

L’effacé trace le rebord d’un no mind’s land chargé d’empreintes qui appelle à se pencher, se rapprocher ; c’est le lieu de l’obscurité cachée par la clarté insolite d’un blanc, l’envers opaque d’une perte, d’un manque. L’arrachement, le trou dans la mémoire vers lequel convergent les reflets conjugués où lecture/écriture confondent tant elles se confondent… Mais prendre en flagrant délit les lentilles déformantes de ses logiques mensongères n’est pas encore parvenir à s’en défaire.

Bien qu’il soit le dernier des trois mouvements de la pièce où il s’insère,comme un lendemain de soi est peut-être celui qui assume le mieux le travail d’effacement, le conduit le plus loin vers une sorte de dépassement, sans prétendre y parvenir.

mbh


 

 

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