Métaphysique de l’imagination

Fleury Cynthia

metaphysique


Métaphysique de l’imagination
Philosophie – 746  pages – 42 euros / ISBN 978-2-9128-2427-1


  »  Comment découvrir la porte d’entrée des êtres et des choses ? Comment accéder à  l’autre, à tout ce qui n’est pas moi, à tout   ce qui m’échappe et m’abandonne à la solitude ? Oui, je vais perdre ceux que j’aime. Oui, je vais mourir. Mais à cette certitude s’ajoute une grâce ou une énigme. Il existe des instants, des lieux à mi-chemin entre monde visible et monde  invisible où le temps  se suspend, où la dimension de l’un et de l’autre donne accès à une vérité plus belle et plus vraie. Seules ces rencontres inestimables avec l’autre nous aident à saisir le fait même de voir ou de penser.  »  CF

Dans la Métaphysique de l’imagination, l’imagination est une âme ; les images sont, selon Bachelard, les  » métaphores de la vie « .

L’Orient et l’Occident s’absentent de la géographie pour devenir les pôles métaphysiques de la pensée. C’est quand l’imagination devient principe de réalité et d’événement que l’âme quitte son exil occidental pour accomplir son  » lever  » oriental. On approche alors d’un monde imaginal, situé entre sensible et intelligible, entre spiritualité et corporalité.

C’est à la lumière de Sohravardî et en essayant de saisir la pensée de l’Imâm que l’auteur tente d’accéder à l’essence de l’imagination poétique, où la Révélation côtoie l’Intelligence. C’est grâce à Blanchot et à son interprétation de l’écriture et de la lecture qu’elle entrevoit le face-à-face ultime avec la lumière de l’autre : la source d’où émane la connaissance de soi. C’est avec Ibn Arabi, Rûzbehân, Kant, Lévinas et Rilke que l’auteur fait l’apprentissage de l’imagination poétique et créatrice… Cette démarche définit une  » impiété filiale  » qui se révèle être la véritable fidélité à l’Un.

En vous proposant de partager son sillon, l’auteur vous convie à devenir le pèlerin de ce voyage dans le réel qu’est l’imagination.


Table des matières

Métaphysique de l’imagination de Cynthia Fleury


1ère Partie

I/ Les faux jours de la lanterne magique

1/ Le jeu des passions de l’âme
2/ La souffrance de la connaissance

II/ A la recherche d’une incandescence de l’imagination

1/ Les catégories de l’Excès
2/ Une expérience d’intimité
3/ Constellation de l’âme et cristallisation de la matière
4/ L’invitation au voyage
5/ Valeur et verticalité : la merveille du meilleur
6/ Le rêve
7/ Le monde irréel

III/ L’imagination et son oeuvre

L’artiste feu
1/ De la créativité de l’artiste à une création de l’âme 1.1/ comment dire le geste inaugural ? Le mime ou l’imagination de sa mémoire
1.2/ Un peu de temps à l’état pur
1.3/ L’imagination de l’instant ou l’image-temps
2/ De tous ses yeux la créature voit « l’Ouvert » 2.1/ L’imagination de la mort et le calme regard de l’animal
2.2/ L’Art est-il un espace métaphysique ?
3/ La gloire de l’oeuvre d’art

IV/ Le monde imaginal, Terre de l’âme

1/ La pensée par images, au-delà d’une fantastique transcendantale 1.1/ Le monde imaginal ne fabrique pas des idoles allégoriques mais des icônes symboliques
1.2/ Comment parvenir au regard contemplatif ? Faut-il savoir regarder la mort pour connaître le regard de feu ?
1.3/ Construire le regard revient à déployer la vision de l’âme, autrement dit, à la libérer. Apprendre à regarder est le premier acte éthique
2 L’imagination noétique et créatrice, par-delà l’imagination transcendantale, du monde imaginal
3/ L’Orient du monde imaginal ou l’âme se levant à son orient 3.1/ L’Orient est un concept imaginal, un principe régulateur trouvant dans la Lumière sa figuration symbolique
3.2/ Les pèlerins de l’Orient et les vagabonds de l’Occident
4/ Le Numineux et la découverte de l’Ange, le Double de Lumière 4.1/ Angélologie et anthropologie fondent ensemble l’éthique de l’âme humaine
5/ La matière spirituelle 5.1/ L’Âme est « matière imaginale » parce qu’elle exprime le désir de l’Intelligence
5.2/ L’irréductible identité de la matière et de la forme
6/ Le monde imaginal, aux confins de la métaphysique et de l’Ethique 6.1/ L’imagination est mytophile et philosophe
6.2/ Le monde imaginal combat la vérité du mythe et propose une autre conception de la séparation entre la créature et son Créateur

V/ L’herméneutique ontologique

1/ L’interprétation est-elle une dérive de l’imagination ? 1.1/ Quand l’interprétation s’éclipse au profit de l’interprète-sophiste, l’imagination active disparaît au profit d’une fantaisie (phantasia) injustifiable, disant indifféremment l’être ou le non-être. Elle est alors source de potins et de rumeurs
1.2/ Les textes, comme les maisons, doivent être bâtis pour être « habités »
1.3/ L’interprétation imaginale n’est pas une interprétation strictement poétique : elle reste attachée à la sphère ontique, et ne substitue pas au monde réel, celui de la parole
2/ De l’interprétation à l’herméneutique ontologique 2.1/ L’interprétation est un mouvement « naturel » : la métaphore relève de la mimésis et de la phusis
2.2/ L’interprétation, pour être ontologique, doit être écriture interprétante : à mesure que l’imagination interprète le teste, elle construit parallèlement le propre récit de l’âme
2.3/ L’interprétation est discours de l’être parce qu’elle est discours imaginal. La métaphore retrace scripturairement l’évènement que l’âme a vécu dans l’inter monde de l’imagination
2.4/ Le dévoilement de l’ésotérique de l’ésotérique correspond au « Connais-toi toi-même » philosophique : l’interprétation accède à la connaissance imaginale en distinguant la répétition du redoublement inutile
3/ De l’interprétation à la révélation : l’ultime épreuve de l’herméneutique ontologique 3.1/ L’interprétation du silence et la découverte du secret
3.2/ « Jusqu’à ce que les silences de nouveau s’ouvrent, comme parfois s’ouvrent les eaux »
3.3/ Du silence littéral au silence de mon coeur
3.4/ L’interprétation est connaissance imaginale. L’interdire signifierait rendre inaccessible à l’âme le monde imaginal, et impossible sa propre compréhension
3.5/ « Ô mon âme, pour toi que reste-t-il à faire ? qu’à briser ton orgueil devant un tel mystère »
3.6/ Le poète ne dit-il pas « Pardonne à cette main l’angoisse de ses mots » ?
4/ L’âme élabore une ontologie grâce à « la relation herméneutique » 4.1/ La Révélation est un message qui m’est adressé, Son message
4.2/ L’interprétation scripturale est légitime : la main-qui-écrit « prolonge » la main que Dieu nous tend
4.3/ L’interprétation cherche à expier la faute originelle, en élaborant un acte libre de parole censé réparer le libre-arbitre fautif et orgueilleux d’Adam
5/ La méthodologie imaginale de l’herméneutique ontologique 5.1/ L’interprète laboure la « Terre de l’âme »
5.2/ La méthodologie imaginale est une maïeutique, un déploiement métaphorique de la vérité
5.3/ Le Buisson ardent comme l’illustration parfaite du discours méthodologique de l’interprétation imaginale

VI/ Premières conclusions sur la métaphysique de l’imagination

1/ L’eschatologie comme réalisation (mise-au-réel) de l’imagination 1.1/ La révélation est un processus de concrétisation et de réalisation subjective par opposition à l’analyse conceptuelle, processus d’abstraction visant l’objectivité
1.2/ La révélation est la réalisation eschatologique de l’âme, soit la « mise au présent » de la présence (à soi) de l’âme
1.3/ La mise-à-l’indicatif de l’Impératif ou la spatialisation du temps
1.4/ La révélation imaginale comme l’étude du « présent »
1.5/ L’étude de l’imago Templi et du temple terrestre permet de mieux comprendre le rapport qui existe entre l’image et la réalité
2/ La philosophie prophétique : la révélation est réalisation libre 3/ L’Imaginal, parce qu’il est le « lieu non-lieu » de l’âme, n’oppose pas la révélation à la réalisation ni la Présence au Devenir 4/ La métaphysique de l’imagination définit la vérité comme « substance relationnelle » et la vision imaginale comme vision-éthique 4.1/ L’épisode du Buisson ardent : une illustration de la théorie imaginale de la vision-éthique
5/ La renaissance au désir comme force psychanalysée et forme psychanalisante
6/ La chevalerie spirituelle ou l’imagination faisant ordre
6.1/ Le portrait du chevalier
6.2/ Trois caractéristiques de l’attitude chevaleresque : un désespoir cause d’espérance, une morale de l’ordre du « en faisant », un art de saisir l’occasion
6.3/ De la générosité cartésienne à la juvénilité spirituelle
6.4/ La chevalerie spirituelle comme théorie imaginale de la liberté et de l’ordre : déplacement de la notion d’archétypes séparés à celle d’idées « missionnées »

VII/ Quand le miroir s’étonne…De la connaissance du réel comme ontophanie

1/ De la théophanie à l’incarnation sans jamais traverser la transparence 1.1/ La théophanie : ni « face », ni « Face », mais face-à-Face imaginal
1.2/ L’ontophanie comme plénitude imaginale
1.3/ L’incarnation : une dynamique ascensionnelle de la forme imaginale
1.4/ L’incarnation ou la rencontre de la théophanie avec ell-même : entre transparence et sacrifice
2/ La hiéohistoire ou le salut des phénomènes 3/ Quel est le symbole d’une connaissance du réel ? 3.1/ Le visage est-il l’autre nom du phénomène imaginal ?
3.2/ Phénomène jusqu’à la trace
4/ La trace imaginale ou la modalité hiérohistorique du salut

VIII/ La gloire du roseau parlant : l’imagination comme un autrement dit

1/ L’interprétation éthique 1.1/ Le tracé de l’effacement de la trace
1.2/ Le reseau parlant : l’injonction imaginale
1.3/ Le récit imaginal ou la mise-en-question originelle
1.4/ La parole imaginale : de la promesse à la hiéro-promesse (prière), pour s’orienter vers l’authentique promesse
2/ La nouvelle interprétation imaginale ou la critique emphatique de la métaphysique de l’Un 3/ La métaphysique de l’imagination ou le surgissement de l’humain dans l’être
4/ L’autrement dit : monologue de Jésus-Christ ou dialogue entre Jésus et Judas ? 4.1/ L’oeuvre comme la Croix du logos
4.2/ Le verbe de Jésus dit le moins-être de la créature, renversant par-là même le destinée du Verbe
4.3/ « Jésus l’Imagination »
4.4/ La parole christique ou la parole qu’il faut interrompre : Jésus pourrait-il dire (donner du sens, signifier) sans l’intervention de Judas et de Pierre ?

2ème Partie

I/ Le secret de la subjectivité

1/ Le secret de la méthode : de la réduction égologique à l’irréductibilité de la solitude-au-sein-du-Deux 1.1/ L’autre secret
1.2/ La solitude au sein-du-deux
2/ Le sujet devient sujet en créant sa solitude 2.1/ Le surcroît de solitude
2.2/ Le Partage de la solitude divine
2.3/ La solitude du Seul ou l’intelligibilité du Deux
3/ De la séparation en tant que lien originel 3.1/ Le primum relationis : le désir du lien
3.2/ Le sujet-séparé préserve l’infinité du désir de l’infini
3.3/ Le sujet ou l’authenticité du manque
4/ Le sujet : créateur d’une création qui le réclame 5/ Le secret de la subjectivité 5.1/ De l’adieu à l’à-Dieu
5.2/ Le sujet éthique est l’élu de l’infini
6/ Le sujet éthique se libère à partir de la vérité de la séparation 6.1/ La séparation et l’infini
6.2/ La séparation est l’in-condition pour le sujet d’un rachat de création : de la subjectivité occidentale à la subjectivité orientale
7/ L’imagination hyperbolique du sujet éthique 7.1/ De l’hyperbolisme du Même à l’hyperbolisme de l’Autre
7.2/ La vérité de l’oeuvre créatrice ou la fécondité du système : du sujet éthique à l’Amour

II/ L’amour ou la pensée de l’autre

1/ Le discours de la totalité sacrifiée 1.1/ L’entendement d’amour et sa logique imaginale : « logique de l’autre et de l’uniquement »
1.2/ L’inadéquation ou la relation imaginale comme condition de possibilité de l’Amant
1.3/ L’amour contre le tourment de la naissance
1.4/ Le devoir d’amour
2/ Le transfert psychanalytique ou l’analyse sacrifiée 3/ La justice comme (re)production-création de la totalité sacrifiée 3.1/ L’arithmo-philo-sophie
3.2/ La religion du visage ou la pensée du tiers : de l’uniquement à l’unique
4/ Le couple féminin-masculin de l’amour ou les principes d’une pensée d’amour 4.1/ L’humanité ou la pensée éthique de la différence sexuelle
4.2/ Femme et féminité : qui est l’épouse de l’Autre ?
5/ Le couple conjugal ou la dialectique de l’alliance 5.1/ Femme de l’homme et femme de Dieu
5.2/ La dialectique de l’alliance : la fidélité au lien
6/ La sexualité théophanique 6.1/ La création du corps d’amour ou l’interprétation imaginale du corps de l’autre
6.2/ La pensée d’amour ou le désir non-érotique
6.3/ Le plaisir de l’invisible : le rien imaginal
6.4/ Le monde imaginal : lieu où la relation sexuelle est approche complice de l’autre
7/ Au sein du monde imaginal se crée une nouvelle intrigue entre Beauté et Amour : la sublimation de l’homme mortel en Humain 8/ La pensée d’amour comme éthique de la mort 9/ La philo-sophie ou la philosophie-devant-l’autre

III/ La tristesse : l’émotion du fondement

1/ De mon émotion la plus intérieure à l’Émotion première, fondamentale 1.1/ Entre moi et moi : la morsure de l’en-soi ou l’écoulement ontologique
1.2/ De l’ophélisation (bachelardienne) à la Tristesse (corbinienne) : la découverte de l’imagination émotionnelle
2/ L’émotion sur la voie de jugement imaginal 2.1/ L’émotion triste est celle de l’amant désirant l’infini : s’attrister, c’est prendre conscience de l’amour qu’éprouve l’un envers l’autre et le réel
2.2/ De l’émotion d’amour à l’émotion de la pensée d’amour : le passage-à-l’infini
2.3/ L’émotion infinie naît de la rencontre de l’âme et de la « distance » et s’éprouve telle une « mise au lointain »
3/ La Tristesse divine ou la relation fondamentale 3.1/ L’espace imaginal est significatif parce qu’il hérite de la Tristesse divine, en se chargeant de son écho
3.2/ La Tristesse divine désigne l’entre de la Beauté et de l’Amour. Elle qualifie la chute de l’Intelligence vers l’Âme et oriente par là-même celle de l’âme
4/ La Tristesse divine ou l’émotion du fondement : à la source de l’humidité de l’âme 4.1/ La Tristesse divine est la compagne de l’âme
4.2/ Le pleur est-il le souffle véritable ?
4.3/ L’émotion triste est au coeur (centre du coeur) du procédé cognitif du réel : elle donne lieu à un jugement authentique qui ne sépare pas le représentation (qu’il se fait du réel) de la comparution du sujet pensant
4.4/ L’émotion du fondement fait « halte » devant l’évidence
5/ L’humidité de l’âme ou la preuve chaleureuse de Dieu 5.1/ Cristallisation et liquéfaction de l’âme : vers le passage, ou le pas-sage, jusqu’à l’épuisement des larmes
5.2/ De la miséricorde divine à l’imagination (par l’âme) de la pitié
5.3/ L’âme humide est fille de l’Un-mère. L’imagination éthique invente la filiation (éthique) de la Mère
5.4/ L’hyperbolisme créatif de l’âme et la découverte de la vérité
6/ L’histoire Triste de l’âme : lorsque l’émotion se fait événement hiérohistorique 6.1/ La juvénilité de l’âme : devenir le chevalier de la Mère, porter le blason maternel
6.2/ L’Un-Mère n’est pas la mort mais la mort faite Mère
6.3/ La hiérohistoire de l’âme ou la découverte imaginale de la filiation (à l’Un-Mère) : l’âme, au lieu de revendiquer sa filiation, vise l’infini de la filiation
6.4/ L’histoire de l’émotion ou le récit du deuil d’amour

IV/ Le mundus imaginalis : du « monde imaginal » à la « mer imaginale »

1/ La « mer imaginale » ou le référentiel de la Chute et de l’Un-Mère 1.1/ L’axe de la Chute
1.2/ La mer sacrosainte : l’Ile Verte et la mer blanche
1.3/ Le Monde des Mères et l’Un-Mère
1.4/ Blancheur d’écume et Blancheur d’Orient : quand l’inachèvement de l’âme se révèle accomplissement
2/ L’histoire de l’âme dans la « mer imaginale » : la mémoire du Blanc ou l’effacement même de la trace 3/ Le miroir ondin de la mer imaginale 4/ La mer imaginale : première introduction à l’écriture

V/ À la porte du Livre

1/ Sur les chemins de l’écriture et de la lecture : c’est au sein des dynamiques d’exil et de fuite que se définit le noeud formé par l’écriture, la lecture, le lieu (et l’avoir lieu)
2/ Le péché d’écriture et de lecture
3/ Le lieu du Livre ou l’hospitalité humaine : le livre de l’homme et de Dieu
4/ Le Livre : un monde imaginal où les paroles, humaine et divine, se font face
5/ Entre écriture et lecture, un rapport théophanique de l’ordre de l’insoupçonné
6/ L’interprétation imaginale : le sens de l’hospitalité
7/ À la conquête de l’insularité imaginale
8/ Le Texte ou la demeure imaginale

1ère Partie

I/ Les faux jours de la lanterne magique

1/ Le jeu des passions de l’âme
2/ La souffrance de la connaissance

II/ A la recherche d’une incandescence de l’imagination

1/ Les catégories de l’Excès
2/ Une expérience d’intimité
3/ Constellation de l’âme et cristallisation de la matière
4/ L’invitation au voyage
5/ Valeur et verticalité : la merveille du meilleur
6/ Le rêve
7/ Le monde irréel

III/ L’imagination et son oeuvre

L’artiste feu
1/ De la créativité de l’artiste à une création de l’âme 1.1/ comment dire le geste inaugural ? Le mime ou l’imagination de sa mémoire
1.2/ Un peu de temps à l’état pur
1.3/ L’imagination de l’instant ou l’image-temps
2/ De tous ses yeux la créature voit « l’Ouvert » 2.1/ L’imagination de la mort et le calme regard de l’animal
2.2/ L’Art est-il un espace métaphysique ?
3/ La gloire de l’oeuvre d’art

IV/ Le monde imaginal, Terre de l’âme

1/ La pensée par images, au-delà d’une fantastique transcendantale 1.1/ Le monde imaginal ne fabrique pas des idoles allégoriques mais des icônes symboliques
1.2/ Comment parvenir au regard contemplatif ? Faut-il savoir regarder la mort pour connaître le regard de feu ?
1.3/ Construire le regard revient à déployer la vision de l’âme, autrement dit, à la libérer. Apprendre à regarder est le premier acte éthique
2 L’imagination noétique et créatrice, par-delà l’imagination transcendantale, du monde imaginal
3/ L’Orient du monde imaginal ou l’âme se levant à son orient 3.1/ L’Orient est un concept imaginal, un principe régulateur trouvant dans la Lumière sa figuration symbolique
3.2/ Les pèlerins de l’Orient et les vagabonds de l’Occident
4/ Le Numineux et la découverte de l’Ange, le Double de Lumière 4.1/ Angélologie et anthropologie fondent ensemble l’éthique de l’âme humaine
5/ La matière spirituelle 5.1/ L’Âme est « matière imaginale » parce qu’elle exprime le désir de l’Intelligence
5.2/ L’irréductible identité de la matière et de la forme
6/ Le monde imaginal, aux confins de la métaphysique et de l’Ethique 6.1/ L’imagination est mytophile et philosophe
6.2/ Le monde imaginal combat la vérité du mythe et propose une autre conception de la séparation entre la créature et son Créateur

V/ L’herméneutique ontologique

1/ L’interprétation est-elle une dérive de l’imagination ? 1.1/ Quand l’interprétation s’éclipse au profit de l’interprète-sophiste, l’imagination active disparaît au profit d’une fantaisie (phantasia) injustifiable, disant indifféremment l’être ou le non-être. Elle est alors source de potins et de rumeurs
1.2/ Les textes, comme les maisons, doivent être bâtis pour être « habités »
1.3/ L’interprétation imaginale n’est pas une interprétation strictement poétique : elle reste attachée à la sphère ontique, et ne substitue pas au monde réel, celui de la parole
2/ De l’interprétation à l’herméneutique ontologique 2.1/ L’interprétation est un mouvement « naturel » : la métaphore relève de la mimésis et de la phusis
2.2/ L’interprétation, pour être ontologique, doit être écriture interprétante : à mesure que l’imagination interprète le teste, elle construit parallèlement le propre récit de l’âme
2.3/ L’interprétation est discours de l’être parce qu’elle est discours imaginal. La métaphore retrace scripturairement l’évènement que l’âme a vécu dans l’inter monde de l’imagination
2.4/ Le dévoilement de l’ésotérique de l’ésotérique correspond au « Connais-toi toi-même » philosophique : l’interprétation accède à la connaissance imaginale en distinguant la répétition du redoublement inutile
3/ De l’interprétation à la révélation : l’ultime épreuve de l’herméneutique ontologique 3.1/ L’interprétation du silence et la découverte du secret
3.2/ « Jusqu’à ce que les silences de nouveau s’ouvrent, comme parfois s’ouvrent les eaux »
3.3/ Du silence littéral au silence de mon coeur
3.4/ L’interprétation est connaissance imaginale. L’interdire signifierait rendre inaccessible à l’âme le monde imaginal, et impossible sa propre compréhension
3.5/ « Ô mon âme, pour toi que reste-t-il à faire ? qu’à briser ton orgueil devant un tel mystère »
3.6/ Le poète ne dit-il pas « Pardonne à cette main l’angoisse de ses mots » ?
4/ L’âme élabore une ontologie grâce à « la relation herméneutique » 4.1/ La Révélation est un message qui m’est adressé, Son message
4.2/ L’interprétation scripturale est légitime : la main-qui-écrit « prolonge » la main que Dieu nous tend
4.3/ L’interprétation cherche à expier la faute originelle, en élaborant un acte libre de parole censé réparer le libre-arbitre fautif et orgueilleux d’Adam
5/ La méthodologie imaginale de l’herméneutique ontologique 5.1/ L’interprète laboure la « Terre de l’âme »
5.2/ La méthodologie imaginale est une maïeutique, un déploiement métaphorique de la vérité
5.3/ Le Buisson ardent comme l’illustration parfaite du discours méthodologique de l’interprétation imaginale

VI/ Premières conclusions sur la métaphysique de l’imagination

1/ L’eschatologie comme réalisation (mise-au-réel) de l’imagination 1.1/ La révélation est un processus de concrétisation et de réalisation subjective par opposition à l’analyse conceptuelle, processus d’abstraction visant l’objectivité
1.2/ La révélation est la réalisation eschatologique de l’âme, soit la « mise au présent » de la présence (à soi) de l’âme
1.3/ La mise-à-l’indicatif de l’Impératif ou la spatialisation du temps
1.4/ La révélation imaginale comme l’étude du « présent »
1.5/ L’étude de l’imago Templi et du temple terrestre permet de mieux comprendre le rapport qui existe entre l’image et la réalité
2/ La philosophie prophétique : la révélation est réalisation libre 3/ L’Imaginal, parce qu’il est le « lieu non-lieu » de l’âme, n’oppose pas la révélation à la réalisation ni la Présence au Devenir 4/ La métaphysique de l’imagination définit la vérité comme « substance relationnelle » et la vision imaginale comme vision-éthique 4.1/ L’épisode du Buisson ardent : une illustration de la théorie imaginale de la vision-éthique
5/ La renaissance au désir comme force psychanalysée et forme psychanalisante
6/ La chevalerie spirituelle ou l’imagination faisant ordre
6.1/ Le portrait du chevalier
6.2/ Trois caractéristiques de l’attitude chevaleresque : un désespoir cause d’espérance, une morale de l’ordre du « en faisant », un art de saisir l’occasion
6.3/ De la générosité cartésienne à la juvénilité spirituelle
6.4/ La chevalerie spirituelle comme théorie imaginale de la liberté et de l’ordre : déplacement de la notion d’archétypes séparés à celle d’idées « missionnées »

VII/ Quand le miroir s’étonne…De la connaissance du réel comme ontophanie

1/ De la théophanie à l’incarnation sans jamais traverser la transparence 1.1/ La théophanie : ni « face », ni « Face », mais face-à-Face imaginal
1.2/ L’ontophanie comme plénitude imaginale
1.3/ L’incarnation : une dynamique ascensionnelle de la forme imaginale
1.4/ L’incarnation ou la rencontre de la théophanie avec ell-même : entre transparence et sacrifice
2/ La hiéohistoire ou le salut des phénomènes 3/ Quel est le symbole d’une connaissance du réel ? 3.1/ Le visage est-il l’autre nom du phénomène imaginal ?
3.2/ Phénomène jusqu’à la trace
4/ La trace imaginale ou la modalité hiérohistorique du salut

VIII/ La gloire du roseau parlant : l’imagination comme un autrement dit

1/ L’interprétation éthique 1.1/ Le tracé de l’effacement de la trace
1.2/ Le reseau parlant : l’injonction imaginale
1.3/ Le récit imaginal ou la mise-en-question originelle
1.4/ La parole imaginale : de la promesse à la hiéro-promesse (prière), pour s’orienter vers l’authentique promesse
2/ La nouvelle interprétation imaginale ou la critique emphatique de la métaphysique de l’Un 3/ La métaphysique de l’imagination ou le surgissement de l’humain dans l’être
4/ L’autrement dit : monologue de Jésus-Christ ou dialogue entre Jésus et Judas ? 4.1/ L’oeuvre comme la Croix du logos
4.2/ Le verbe de Jésus dit le moins-être de la créature, renversant par-là même le destinée du Verbe
4.3/ « Jésus l’Imagination »
4.4/ La parole christique ou la parole qu’il faut interrompre : Jésus pourrait-il dire (donner du sens, signifier) sans l’intervention de Judas et de Pierre ?

2ème Partie

I/ Le secret de la subjectivité

1/ Le secret de la méthode : de la réduction égologique à l’irréductibilité de la solitude-au-sein-du-Deux 1.1/ L’autre secret
1.2/ La solitude au sein-du-deux
2/ Le sujet devient sujet en créant sa solitude 2.1/ Le surcroît de solitude
2.2/ Le Partage de la solitude divine
2.3/ La solitude du Seul ou l’intelligibilité du Deux
3/ De la séparation en tant que lien originel 3.1/ Le primum relationis : le désir du lien
3.2/ Le sujet-séparé préserve l’infinité du désir de l’infini
3.3/ Le sujet ou l’authenticité du manque
4/ Le sujet : créateur d’une création qui le réclame 5/ Le secret de la subjectivité 5.1/ De l’adieu à l’à-Dieu
5.2/ Le sujet éthique est l’élu de l’infini
6/ Le sujet éthique se libère à partir de la vérité de la séparation 6.1/ La séparation et l’infini
6.2/ La séparation est l’in-condition pour le sujet d’un rachat de création : de la subjectivité occidentale à la subjectivité orientale
7/ L’imagination hyperbolique du sujet éthique 7.1/ De l’hyperbolisme du Même à l’hyperbolisme de l’Autre
7.2/ La vérité de l’oeuvre créatrice ou la fécondité du système : du sujet éthique à l’Amour

II/ L’amour ou la pensée de l’autre

1/ Le discours de la totalité sacrifiée 1.1/ L’entendement d’amour et sa logique imaginale : « logique de l’autre et de l’uniquement »
1.2/ L’inadéquation ou la relation imaginale comme condition de possibilité de l’Amant
1.3/ L’amour contre le tourment de la naissance
1.4/ Le devoir d’amour
2/ Le transfert psychanalytique ou l’analyse sacrifiée 3/ La justice comme (re)production-création de la totalité sacrifiée 3.1/ L’arithmo-philo-sophie
3.2/ La religion du visage ou la pensée du tiers : de l’uniquement à l’unique
4/ Le couple féminin-masculin de l’amour ou les principes d’une pensée d’amour 4.1/ L’humanité ou la pensée éthique de la différence sexuelle
4.2/ Femme et féminité : qui est l’épouse de l’Autre ?
5/ Le couple conjugal ou la dialectique de l’alliance 5.1/ Femme de l’homme et femme de Dieu
5.2/ La dialectique de l’alliance : la fidélité au lien
6/ La sexualité théophanique 6.1/ La création du corps d’amour ou l’interprétation imaginale du corps de l’autre
6.2/ La pensée d’amour ou le désir non-érotique
6.3/ Le plaisir de l’invisible : le rien imaginal
6.4/ Le monde imaginal : lieu où la relation sexuelle est approche complice de l’autre
7/ Au sein du monde imaginal se crée une nouvelle intrigue entre Beauté et Amour : la sublimation de l’homme mortel en Humain 8/ La pensée d’amour comme éthique de la mort 9/ La philo-sophie ou la philosophie-devant-l’autre

III/ La tristesse : l’émotion du fondement

1/ De mon émotion la plus intérieure à l’Émotion première, fondamentale 1.1/ Entre moi et moi : la morsure de l’en-soi ou l’écoulement ontologique
1.2/ De l’ophélisation (bachelardienne) à la Tristesse (corbinienne) : la découverte de l’imagination émotionnelle
2/ L’émotion sur la voie de jugement imaginal 2.1/ L’émotion triste est celle de l’amant désirant l’infini : s’attrister, c’est prendre conscience de l’amour qu’éprouve l’un envers l’autre et le réel
2.2/ De l’émotion d’amour à l’émotion de la pensée d’amour : le passage-à-l’infini
2.3/ L’émotion infinie naît de la rencontre de l’âme et de la « distance » et s’éprouve telle une « mise au lointain »
3/ La Tristesse divine ou la relation fondamentale 3.1/ L’espace imaginal est significatif parce qu’il hérite de la Tristesse divine, en se chargeant de son écho
3.2/ La Tristesse divine désigne l’entre de la Beauté et de l’Amour. Elle qualifie la chute de l’Intelligence vers l’Âme et oriente par là-même celle de l’âme
4/ La Tristesse divine ou l’émotion du fondement : à la source de l’humidité de l’âme 4.1/ La Tristesse divine est la compagne de l’âme
4.2/ Le pleur est-il le souffle véritable ?
4.3/ L’émotion triste est au coeur (centre du coeur) du procédé cognitif du réel : elle donne lieu à un jugement authentique qui ne sépare pas le représentation (qu’il se fait du réel) de la comparution du sujet pensant
4.4/ L’émotion du fondement fait « halte » devant l’évidence
5/ L’humidité de l’âme ou la preuve chaleureuse de Dieu 5.1/ Cristallisation et liquéfaction de l’âme : vers le passage, ou le pas-sage, jusqu’à l’épuisement des larmes
5.2/ De la miséricorde divine à l’imagination (par l’âme) de la pitié
5.3/ L’âme humide est fille de l’Un-mère. L’imagination éthique invente la filiation (éthique) de la Mère
5.4/ L’hyperbolisme créatif de l’âme et la découverte de la vérité
6/ L’histoire Triste de l’âme : lorsque l’émotion se fait événement hiérohistorique 6.1/ La juvénilité de l’âme : devenir le chevalier de la Mère, porter le blason maternel
6.2/ L’Un-Mère n’est pas la mort mais la mort faite Mère
6.3/ La hiérohistoire de l’âme ou la découverte imaginale de la filiation (à l’Un-Mère) : l’âme, au lieu de revendiquer sa filiation, vise l’infini de la filiation
6.4/ L’histoire de l’émotion ou le récit du deuil d’amour

IV/ Le mundus imaginalis : du « monde imaginal » à la « mer imaginale »

1/ La « mer imaginale » ou le référentiel de la Chute et de l’Un-Mère 1.1/ L’axe de la Chute
1.2/ La mer sacrosainte : l’Ile Verte et la mer blanche
1.3/ Le Monde des Mères et l’Un-Mère
1.4/ Blancheur d’écume et Blancheur d’Orient : quand l’inachèvement de l’âme se révèle accomplissement
2/ L’histoire de l’âme dans la « mer imaginale » : la mémoire du Blanc ou l’effacement même de la trace 3/ Le miroir ondin de la mer imaginale 4/ La mer imaginale : première introduction à l’écriture

V/ À la porte du Livre

1/ Sur les chemins de l’écriture et de la lecture : c’est au sein des dynamiques d’exil et de fuite que se définit le noeud formé par l’écriture, la lecture, le lieu (et l’avoir lieu)
2/ Le péché d’écriture et de lecture
3/ Le lieu du Livre ou l’hospitalité humaine : le livre de l’homme et de Dieu
4/ Le Livre : un monde imaginal où les paroles, humaine et divine, se font face
5/ Entre écriture et lecture, un rapport théophanique de l’ordre de l’insoupçonné
6/ L’interprétation imaginale : le sens de l’hospitalité
7/ À la conquête de l’insularité imaginale
8/ Le Texte ou la demeure imaginale


Paru dans Libération 01/02/2001.

Elle défie l’imagination.


Une expédition dans les fonds de la « mer imaginale ». Premier essai passionné, d’une prodigieuse érudition de Cynthia Fleury.

Pourquoi imagine-t-on que l’imagination, comme une flamme, « va vers le haut », se lève vers les zones les plus éthérées pour s’y perdre en volutes infinies? Posons un instant, en éloignant toutefois l’idée de « chute », qu’elle descende, qu’elle pénètre terres et océans, qu’elle aille en mille flux au plus profond des abysses. Eh bien dans ce cas la Métaphysique de l’imagination de Cynthia Fleury serait une des plus audacieuses expéditions spéléologiques ou sous-marines jamais organisées par un philosophe pour retrouver, de la « mer imaginale », le plancton originel, les lames de fond, les courants, l’écume, les reflets, l’insondable éparpillement de tous les trésors perdus. On a du mal à croire que cette Métaphysique de l’imagination soit le premier livre d’une jeune chercheuse (CNRS) qui devait être en classe terminale il y a moins de dix ans, tant l’ouvrage atteste de maîtrise, alors même qu’il « brûle » d’une inhabituelle ferveur et que l’auteur s’y expose comme si elle jouait à chaque ligne sa propre vie, tant il est luxuriant, impressionnant par le nombre de connaissances, déroutant par la manière dont il fait penser en choeur à Sohravardî et Kant, Ibn Arabi, Bachelard, Rilke et Blanchot, Mallarmé, Rûzbehân, Levinas et Henry Corbin, ou dont il fait « travailler ensemble » philosophie et prophétie, ésotérisme et éthique, herméneutique et angélologie, théosophie et poésie. Ce qu’il dit défie tout résumé. Le chemin de l’imagination est un chemin qui s’imagine, tout en tours et détours, errances et déviations, que la raison tant bien que mal retrace et que la fantaisie avec une belle aisance efface. Le lecteur s’aventure, comme Dante, dans la « forêt obscure », mais, en guise de balises, trouve images et métaphores, évocations et invocations, qui l’obligent non à suivre un itinéraire déjà tracé, mais à s’orienter lui-même, à trouver lui-même le chemin de son Orient, le lieu où l’âme se lève.

S’il fallait un chiffre à la Métaphysique de l’imagination, ce serait en effet celui d’Orient, un Orient non pas géographique mais spirituel, qui, selon Shihâboddin Yahya Sohravardî, platonicien de Perse, représente pour l’âme l’instant matinal, épiphanique, de la connaissance de soi. La quête que propose la Métaphysique de l’imagination , n’est pas celle d’un Graal qui, perdu ou caché, préexiste néanmoins : plutôt l’errance, ou le pèlerinage, vers « ce qui n’est pas » mais se constitue à mesure qu’on chemine, une orientation vers la « présence pure », la connaissance « présidentielle » des choses et des êtres, s’opposant à la connaissance représentative, médiatisée, de l’Occident, l’ascèse vers le « monde imaginal ».
Quitter l’ »exil occidental » c’est d’abord, évidemment, libérer l’imagination des geôles dans lesquelles, trop souvent, on l’a mise, lorsque, « folle du logis » (Malebranche), « maîtresse d’erreur et de fausseté » (Pascal), elle était accusée de troubler la diaphane pureté des principes de raison, d’énivrer l’entendement et d’enjôler l’âme par ses sortilèges, ses excès, le miroitement incontrôlé de ses images, ses trompe-l’oeil et ses faux-reflets. Et de fait Cynthia Fleury, comparant les visions de Descartes, Malebranche et Spinoza, commence par montrer comment l’imagination est, au mieux, réduite par l’entendement à un rôle ancillaire, et, au pire, conjointe à la passion pour constituer « les deux lèvres d’une même plaie à jamais inguérissable », la source des superstitions, la cause de la désunion de l’âme et du corps, l’illusion qui fait croître l’orgueil et délite l’empire que l’homme a sur lui-même. Mais à la critique de l’imagination illuminée elle ne se contente pas d’opposer, passant à Bachelard, l’éloge de l’incandescence imaginative ou de cette imagination illuminante capable, sinon « d’augmenter les certitudes de l’âme », du moins de « lui confier une kyrielle de détails susceptibles de lui ouvrir les portes du réel ».

Le voyage vers l’Orient l’oblige à passer de l’imagination à l’imaginaire, et de l’imaginaire au monde imaginal. Mais parvenir au monde imaginal, ce n’est pas lâcher la proie pour l’ombre, passer du réel au semblant, de la vérité du concept aux tromperies du fantasme. Au contraire. Ce qui est fantastique et illusoire, c’est poser le réel dans le réel, faire coïncider la connaissance, l’être et l’essence, mettre d’un côté le monde sensible et de l’autre le monde intelligible. Or s’ouvrir à la révélation du monde imaginal, c’est s’ouvrir à l’expérience d’un monde intermédiaire où « le spirituel se corporalise et le corporel se spiritualise », un lieu qui n’a pas de lieu et qui n’ »est » que parce que l’âme y « advient » en devenant connaissance de soi. Cynthia Fleury l’appelle l’ »entre-deux », et cet entre-deux, qui brise toute adéquation de la pensée à l’Un, et la réalité même des choses et des êtres, la consistance même de la liberté, de l’amour, de la tristesse, de l’émotion, de la féminité, de la parole. En d’autres termes, l’imagination, c’est l’âme, et l’âme est imagination, c’est-à-dire production d’un réel qui ne se révèle en clair-obscur que sous forme d’énigme et de mystère, de dimension autre, dimension de l’autre.
A vouloir que la pensée ne s’arme que de raison, on risque évidemment d’être choqué par la démarche mystique, visionnaire, de Cynthia Fleury. Mais l’exigence éthique dont sa parole est « possédée » ne peut pas ne pas être entendue. C’est une parole forte, avec laquelle, désormais, la philosophie devra compter.

Robert Maggiori.